À la lumière des 10 mois de gestation qui viennent de s’écouler pour l’équipe d’En route vers le monde, on imaginera aisément combien le lancement de la 6e édition du Festival peut nous apparaître comme La porte du Paradis : l’aboutissement d’un travail de longue haleine pour nous, et un film phare pour la cérémonie d’ouverture. Pourtant c’est une autre question qui nous traverse à l’aune de cette semaine prometteuse.
Question ambiguë et récurrente pour une manifestation cinématographique : à quoi sert un festival de cinéma ? Même si l’ambition n’est pas d’apporter, ici, une réponse exhaustive à la question, il peut s’agir d’exposer quelques pistes de réflexion sur le travail de programmation. La préparation d’un festival nécessite de visionner une grande quantité de films qui viendront, ou pas, illustrer le thème préalablement défini. Souvent un film seul suscite un désir de programmation et engendre le thème. Parfois il arrive qu’un film soit écarté non pour des raisons artistiques, mais parce qu’il ne trouve pas sa place dans le dialogue orchestré par le festival. Alors qu’est-ce qu’un festival sinon une attention précise portée à un certain type d’œuvres délibérément choisies, à certains films mis en regard les uns les autres, offerts au regard des uns et des autres, soumis à l’exercice précis de la critique qui réajuste ses vues dans ce nouvel assemblage… Analyser, disséquer, diviser, comparer, choisir, puis assembler, rassembler et soumettre à nouveau à l’étude et au plaisir de tous. Partager donc, au double sens du terme qui contient la scission, la division et l’échange, la communion. Partager ensemble des œuvres artistiques qui visent à l’universel, en les inscrivant dans l’horizon de choix de programmation singuliers. Singuliers au sens où ces choix se font à la fois dans un jeu avec le paysage cinématographique contemporain, et avec des enjeux culturels territoriaux spécifiques.
Ainsi l’un des horizons, symbolique et territorial, de cette sixième édition est sans conteste l’ouverture du cinéma de centre ville en 2008, avec ses deux salles programmées par l’EPCCCY. Festival symbole donc, au sens où la manifestation ponctuelle préfigure une programmation bientôt quotidienne, tournée vers tous les genres cinématographiques et accessible à tous les publics. Ni prosélytisme ni sectarisme, programmer comme on est spectateur, par désir de cinéma, par désir du monde. Programmer comme on est spectateur encore, dans l’actualité cinématographique toute récente, comme dans celle renouvelée des classiques qu’on découvre et re-découvre au fil de nos vies, enrichissant notre présent du passé, avec comme enjeu et leitmotiv de se tenir au plus prêt de la modernité, de prendre en marche un cinéma que nous souhaitons ancré dans la complexité du monde en mouvement. Ainsi, en 2007 le fil conducteur du festival est une destination géographique doublement symbolique, les états-Unis. Mythique industrie du cinéma, et pays souvent au centre de l’actualité et de la modernité, il n’est de cesse que les états-Unis soient encensés et critiqués à la fois. Sans complexe, alors, et au culot dynamiter les préjugés et mettre au même rang les inédits de la compétition, les grosses productions, le cinéma indépendant ou expérimental, documentaires et fictions…Les enjeux paradoxaux d’un cinéma US très récent avec « Terreur pour tous », ou symbole de la modernité post-classique avec « Complot intérieur », des films en contre point du cinéma américain avec « Six on Teen », les films inclassables de la rubrique « New York » et ceux, solitaires, de la rubrique « Bonus » qui croisent, complètent ou traversent toutes les thématiques du Festival sans pour autant s’y inscrire parfaitement, à l’exemple du méconnu magistral Mikey and Nicky d’Elain May avec John Casavetes et Peter Falk. Autant de programmations que d’approches problématiques : préférer à un soi-disant point de vue objectif et consensuel la multiplicité de points de vues subjectifs, les exposer dans les rencontres organisées, avec des cinéastes, des auteurs, des critiques, des associations, des publics, Edgar Morin, Emmanuel Burdeau, François Bégaudeau, David Loyd, Zarlab, Manifestement peint vite, Paroles, Xavier Esnault, Marie Losier, Mikael Lubtchansky…débattre.
Ces dix derniers mois nous avons pensé ce festival comme le point d’orgue d’un travail à faire toute l’année dans le cinéma de centre ville, avec l’idée qu’il devait servir avant tout les films et leurs auteurs, les films et leurs publics. Au spectateur désormais de s’en emparer, de profiter du bouillonnement événementiel et d’entrer dans les salles sans complexes, sans préjugés, de débattre et critiquer.
La porte du Paradis ? À vous de voir.
Toute l’équipe vous souhaite un excellent festival.


